Posté le: Jeu Aoû 14, 2008 12:05 pm Sujet du message: [Oups] Babylon A.d. ... Dantec vu par Kassovitz
Citation:
Un film de Mathieu Kassovitz
avec Vin Diesel, Michelle Yeoh et Mélanie Thierry
(France)
Genre : Science-Fiction, Action - Duree : 1H41 mn
Distributeur : Studio Canal
Sortie en salles le 20 Août 2008
D'après le roman Babylon Babies de Maurice G. Dantec
Synopsis :
En 2013, le monde est en flammes, rongé par les nationalismes, les apprentis sorciers, les marchands d'armes, les nouvelles guerres, les mafias, les sectes... Le mercenaire érudit Hugo Cornelius Toorop doit convoyer à Montréal une jeune fille, Marie Zorn. Pour cet aventurier qui a survécu à la guerre de Bosnie, la mission paraît simple. Il ignore cependant que le corps de Marie Zorn est une arme biologique puissante et que la jeune fille est schizophrène. L'avenir de l'humanité se joue-t-il sur les rives du Saint-Laurent ou au coeur des "schizomachines", des intelligences artificielles capables de se connecter sur l'ADN, et qui pourraient bien avoir conscience de leur propre existence ?
Autour du film : Entretien avec Mathieu Kassovitz
Quand avez-vous découvert le roman de Maurice Dantec, «Babylon Babies» ?
C’était en 2002. J’ai toujours préféré l’anticipation à la science-fiction. Babylon Babies est connu pour être un grand roman d’anticipation et c’est pour cela que je l’ai lu. Je l’ai lu en une ou deux nuits. Et je me suis dit que cela ferait un bon film...de 6h00 ! Q Pour un budget de 500 millions d’euros !
Alors pourquoi s’attaquer à ce livre dit «inadaptable» ?
Justement, le fait que «Babylon Babies» soit réputé inadaptable rendait le challenge intéressant. Chaque personne qui lit un livre, le lit différemment. On lit les mêmes mots, mais notre cerveau fonctionne différemment. Au cinéma, on voit tous la même chose. Mon travail était donc d’imposer ma vision du livre. Et le challenge c’était de faire tenir les 600 pages du livre en 1h30 de film. C’est pourquoi certaines choses sont passées tout de suite à la trappe. Ce qui explique notamment le changement de titre pour BABYLON A.D. : au fil de l’écriture du scénario, cela devenait de plus en plus un film «inspiré par», plutôt qu’une réelle adaptation du livre. On a inventé des scènes, un système, des tas de trucs... En revanche, on s’est servi du parcours et de l’histoire de base de Marie, cette jeune femme que Toorop doit convoyer et qui reste un mystère, mais on a changé le personnage : j’en ai fait une fille fabriquée par un ordinateur qui possède toute la connaissance de l’univers, mais qui est schizophrène parce qu’elle ne connaît pas la source de cette connaissance qui lui dévore le cerveau. On a aussi changé son prénom pour Aurora : Marie c’était trop évident. J’ai changé aussi le background de Toorop qui dans le livre de Dantec est un type qui s’engage à 17 ans pour aller au Kosovo. Moi j’en ai fait plus un enfant- soldat, victime de toutes les guerres depuis trente ans. Et puis il y a des choses dans le livre qui sont inexplicables au cinéma. Comme lorsque dans le livre ils arrivent à Montréal et qu’ils restent en planque pendant six mois ! Ce qui n’est pas logique. La logique c’est qu’arrivé à destination, New York dans le film, Toorop livre la fille. On a donc condensé 6 mois en 3 minutes.
Que signifie Babylon A.d.?
Babylon A.d. signifie l’ère de Babylone, la ville de tous les pêchés. Et puis cela me permettait de faire un beau logo B.A.D. (rires) ! D’autre part, pour les américains, «Babylon Babies» pouvait avoir une double signification : «babies» voulant dire bébés mais aussi jolies filles. Et le mot «bébés» dans le titre me gênait : cela donnait trop d’informations sur ce que Aurora transporte.
Quelle a été la réaction de Dantec à tous ces changements ?
Il est très ouvert sur ce point. Il m’a dit : «Mon œuvre tu la prends et tu en fais ce que tu veux. Si je suis d’accord pour te donner les droits à toi, c’est parce que j’aime bien ta vision et tes films. Et je te fais confiance jusqu’au bout.» Il a vu que je respectais la philosophie du livre, le sujet, l’histoire dans les grandes lignes et a été plutôt intéressé par toutes les transformations que l’on a faites avec mon co-scénariste Éric Besnard. J’attends maintenant qu’il voie le film fini pour qu’il me dise la même chose.
Vos trois premiers films étaient des scénarios originaux. Deux de vos trois derniers films sont des adaptations. Cela change quoi ?
Je ne me suis jamais posé la question comme cela. Mon premier film, MÉtisse, était inspiré de la vie que je menais à l’époque et aussi par Nola Darling N’en Fait Qu’À Sa TÊte de Spike Lee. Mon deuxième film, La Haine, a été inspiré par Scorsese. Tout ce que j’ai fait a été inspiré par des choses que j’ai vues. L’intérêt d’un film c’est le produit fini, pas le scénario. Quand je lis Stephen King, j’ai envie d’adapter tous ses livres ! Jean-Christophe Grangé, l’auteur des «Rivières pourpres», est très doué car il est capable d’inventer des histoires que moi je suis incapable d’imaginer pour le cinéma. Je n’ai pas de problème à m’inspirer d’un roman. À partir du moment où je l’adapte, il devient le mien. Quand je lis, et que j’arrive à passer les 10 premières pages, généralement cela devient un livre que j’ai envie d’adapter (rires).
Entre la lecture du livre et le tournage, il s’est donc passé cinq ans... le montage financier a été difficile ?
Oui cela a été très difficile, car les américains sont très difficiles en business. À l’origine du projet, il y avait Christophe Rossignon, le producteur de mes trois premiers films. Avec Éric Besnard, nous avions d’abord écrit un scénario budgété à 90 millions de dollars. Et Christophe m’a dit : «Mathieu je ne peux pas me lancer là-dedans car je n’y crois pas.» Donc nous nous sommes séparés et je suis parti réaliser Gothika aux États-Unis. J’avais compris que pour faire Babylon A.d., il me fallait une star américaine et qu’il fallait donc que je fasse un film qui génère du box office sur le territoire américain. Joel Silver, le producteur de Matrix, m’a proposé de réaliser Gothika avec Halle Berry, l’actrice qui venait de recevoir l’oscar, plus Penelope Cruz et Robert Downey Jr. Cela a marché et cela m’a donc permis d’imposer Babylon A.d. au niveau de la structure de production, sans aller avec mon scénario à Hollywood pour le vendre à un Studio. Et il me fallait absolument une co-production européenne pour que les américains se contentent d’acheter le film. Notre but étant d’atteindre un budget réduit à 60 millions de dollars : 30 provenant d’Europe et 30 des États-Unis.
Le sujet a-t-il fait peur à Hollywood ?
Non car il était caché derrière un grand nombre de visuels et de scènes d’actions importantes et une histoire qui tenait debout. Le sujet de la religion a très vite été abordé avec les américains car ensemble on a voulu éluder pas mal de choses. L’une de mes références cinématographiques sur ce film, était Blade Runner. Pas tant sur la forme que sur le fond. Quand on regarde Blade Runner, on voit d’abord un film de science fiction et d’action. Mais au fond il parle de Dieu, de notre existence sur cette planète, de la création... Spielberg a fait la même chose avec E.t. qui est un film sur le racisme. Je me suis dit : «Je veux faire un film de genre, d’action, un film de mecs, hardcore... qui représente la société dans laquelle on vit.» Je ne voulais pas trop insister sur cette idée de religion donc je devais rester dans l’action. Les religieux, on en a fait une secte. À chaque critique, à chaque spectateur de voir ce qu’il y a au fond.
Comment avez-vous choisi l’acteur pour jouer toorop ?
J’ai su tout de suite qui je voulais : Vin Diesel. Et ce n’était pas forcément le choix des studios ! J’ai vraiment poussé pour que ce soit lui. Je l’avais vu dans plusieurs films, je le trouvais bon acteur, j’aimais bien sa personnalité et il a quand même été révélé par Steven Spielberg dans Il Faut Sauver Le Soldat Ryan. Ensuite je l’ai vu, dans Les InitiÉs, dans lequel il jouait un trader. Et puis c’est le dernier gros bras aux États-Unis, il n’y en a pas d’autres, en tout cas de moins de 60 ans. Enfin je voulais aussi son côté «bourrin», je voulais l’image de ce type qui se retrouve à la fin du film père de deux enfants du 22ème siècle.
Comment est venue l’idée de Mélanie Thierry ?
Je connaissais Mélanie en tant que mannequin. Je l’ai rencontrée lorsqu’elle jouait «Le vieux juif blonde», pièce de théâtre dans laquelle elle interprétait pendant une heure et demie, deux personnages différents. Elle était rayonnante. Et je me suis dit : «Voilà, c’est elle Aurora !» J’avais besoin d’une fille qui représente la pureté. Mélanie, on pourrait croire qu’elle a été créée par un ordinateur : elle a un visage parfait, elle a un regard magnifique, elle est presque d’un autre monde. Et puis c’est une très bonne comédienne. J’ai fait des essais avec elle à la maison, avec une petite caméra vidéo. J’ai pleuré, c’était émouvant et cela m’a confirmé que c’était bien Aurora. D’autre part, c’était important pour moi d’avoir un élément français dans le film. Au début, les américains ont refusé. Quand ils ont compris qu’il fallait quelqu’un d’inconnu pour jouer Aurora, ils se sont dit pourquoi pas elle. Leur seul problème était son accent français. Mélanie a donc dû travailler ses accents car je lui ai demandé d’en mélanger plusieurs dans la même phrase pour éviter de définir d’où elle venait et renforcer l’universalité du personnage. Elle a tenu le truc jusqu’au bout et ils ont fini par accepter.
Pour la protéger à l’écran vous avez choisi Michelle Yeoh...
Je savais qu’à côté de la pureté blanche représentée par Mélanie, j’avais besoin d’une beauté asiatique. Et Michelle c’est la plus belle femme du monde (rires) ! Elle fait partie de l’histoire du cinéma. Au début j’avais écrit le rôle d’une vraie nonne, une petite grosse, cinglante... mais le film que je voulais faire, c’est un film d’action avec une nonne combattante. Il me fallait donc une actrice combattante. Dans les filles, il y en a peu, dans les vraies femmes il n’y en a qu’une. Michelle a travaillé avec Jackie Chan et pour moi c’était le bonheur de l’avoir sur un plateau. Sa présence m’a permis de faire de ce trio un groupe un peu plus combatif et d’inclure Mélanie dans l’action. D’autre part, une fois que Michelle a dit oui, cela a été plus facile d’imposer des acteurs français de stature internationale. L’idée de Gérard Depardieu dans le rôle de Gorsky amusait tout le monde, et j’avais envie de l’approcher. C’était une occasion incroyable car j’avais besoin d’une icône pour jouer le premier méchant du film. Et Depardieu l’a joué à fond. Après j’ai pensé au méchant de Matrix, Lambert Wilson. Avant Matrix, je le voyais comme un playboy du cinéma français et je ne lui aurais jamais proposé de faire ce rôle. Quand j’ai su qu’il avait fait le film de Marc Caro, je me suis dit que c’était lui. On a beaucoup travaillé sur le personnage pour faire exister son côté «super héros» des années 80, sans être ridicule tout en étant plus grand que la vie. C’est vraiment un personnage de «Métal Hurlant» ! D’ailleurs ce magazine de bande dessinée des années 80 est l’une de mes références sur ce film. Pour moi, Babylon A.d. est un concentré de «Métal Hurlant».
Il y a aussi Charlotte Rampling au casting...
Là aussi j’avais besoin d’une méchante charismatique, un symbole, une femme qui alimenterait tous les fantasmes et toutes les haines des hommes et des femmes qu’elle a croisés. Il me fallait une femme qui ait ce regard, dont on ne saurait pas si on lui confierait ses enfants et dont on pourrait se dire qu’elle s’habille encore comme dans Portier De Nuit ! D’où l’envie de Charlotte Rampling.
Comment s’est déroulé le tournage ?
Cela a été un tournage très dur qui a duré de décembre 2006 à avril 2007. Et oui, il y a eu des problèmes sur le plateau. On ne peut pas réaliser un film pareil sans difficultés. Babylon A.d., pour le faire sans sueur et sans larme, il fallait un budget de 150 millions d’euros. Sans quoi, il fallait se bagarrer. Et on s’est bagarré ! C’était un film de guérilla. Cela n’a pas été simple. Mais je n’ai jamais fait un film simple (rires). Et quand on a des problèmes comme la neige qui ne tombe pas, cela pose de très très gros problèmes ! D’où les rumeurs entendues jusqu’en France sur les problèmes du tournage.
Et avec Vin Diesel, tout s’est bien passé ?
Il y a eu des ajustements entre Vin Diesel et moi sur la façon de travailler, la sienne et la mienne, sur l’histoire, sur le personnage... Mais c’est plus ou moins le problème que l’on peut rencontrer avec tous les acteurs. On a beau prendre le temps avant le tournage, une fois sur le plateau, au rythme de 15 à 16 heures de travail par jour, c’est autre chose ! On vit les choses différemment, on s’accroche. Il y a des gens avec qui l’on commence à travailler et puis au bout de quelques semaines, on se dit : «Merde, c’est pas bon !» Et on trouve quelqu’un d’autre. Les acteurs, on ne peut pas les virer du plateau. C’est là que naît la relation haine/amour avec eux. Il y a forcément une part d’amour parce que Vin a beaucoup donné à la caméra, au point que je trouve que c’est son meilleur film en tant que comédien. D’un autre côté c’est une star américaine habituée à être traitée comme une star américaine. Moi je traite les gens comme des êtres humains.
Dans BaBYlon a.D. on retrouve pas mal de vos préoccupations de citoyen et d’artiste. Vous considérez-vous comme un cinéaste engagé ?
Quoi que je fasse il y aura toujours un fond politique. Parce que c’est la base de tout bon film. C’est l’importance qu’on donne au sujet qui donne sa force au film. Je cherche à émouvoir les gens avec des histoires fortes.
Le film est dédié à vos filles...
J’ai commencé à travailler sur ce film il y a 6 ans. Ma fille aînée a 6 ans. Et j’ai une deuxième fille qui vient de naître. Ma femme était enceinte pendant le tournage, c’est un film qui a été fait autour des enfants, et qui parle donc d’éducation. Comme le dit Toorop à la fin du film : «Sauvons la planète un enfant à la fois.»
C’est facile d’imaginer ce que sera le futur visuellement ?
L’idée était de faire un film d’anticipation et non pas de science fiction. Les drones, le papier électromagnétique capable de diffuser une image, cela existe (même si c’est au stade de prototype). Il faut se demander comment représenter le futur sans être futuriste, sans montrer des voitures qui volent, mais plutôt à quoi ressemblera une Smart électrique dans 10 ans.
Est-ce que le jeune réalisateur de courts métrages que vous étiez se serait imaginé un jour aux commandes d’un tel film ?
Quand j’étais jeune réalisateur de courts métrages, non évidemment. Mon problème était d’arriver à réaliser un long métrage. Et puis une fois que tu l’as réalisé, le problème est d’arriver à en faire un deuxième. Mais je suis content car j’ai réussi à faire ce que j’ai mis en place il y a 10 ans. Exister en dehors des frontières, cela me permet de toucher des sujets différents, et d’être plus libre. J’étoufferais dans le cinéma français pur et dur. Mais surtout je suis content car je travaille !
Etes-vous content de Babylon A.d. ?
J’en suis content. Encore une fois c’était un film de guérilla. Un film de combat. Cette énergie mise dans le tournage, je la retrouve dans le film. Je vais le montrer à Dantec. Je suis très inquiet de sa réaction, même si je sais qu’il avait bien aimé le scénario. Mais je suis aussi inquiet de la réaction de tous les fans du livre. Mais il faudra bien qu’ils comprennent que ce n’est pas une adaptation pure et dure, que nous sommes partis loin... En revanche je pense que le film va amener des spectateurs au livre. Ils pourront alors découvrir la vraie version, ce que voulait dire Dantec. Babylon A.d. est ma vision personnelle de son livre. Deux versions qui ont en commun un même esprit.
Enfant chéri d'un certain renouveau du cinéma français - avec son film coup de poing La Haine, et le très réussi Les Rivières Pourpres - Matieu Kassovitz s'était quelque peu brisé les ailes en vendant son talent à Hollywood ... Souvenez-vous de Gothika qui brillait surtout par la beauté de Halle Berry !
A en lire les premières critiques, il semblerait que Dantec n'ait pas su redonner ses ailes à notre Kassovitz ... Dommage !!
A quand son prochain film "français" ...?
la bande-annonce (et bien plus encore) de Babylon A.d. :
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